lundi 8 février 2010
La richesse
Sihanoukville est une maudite. Combien de vieux perdus ai-je vus et entendus, sales blancs bedonnants du genre touriste tout permis, qui pense loin des yeux donc loin de la raison, finissant par se balader sur la plage tenant la main d’une jeune fille de seize ans, la tête haute perchée sur un vicieux amas de chaire engraissée au t-bones puis au Big Mac ; puis qu’elle soit un jeune garçon bien déguisée ou une ladie-boy garantie, il ne s’en fait même plus. Il est au Cambodge, il est riche, enfin riche!, et il se sert de cet argent comme le fumier sur lequel croît sa perfide humanité.
J’ai jouie de ce petit recul sur ces trois dernières semaines au Cambodge. Tant de grandeur d’âme de la part des Khmers, mais j’ai malheureusement perçue beaucoup trop d’aliénation qui rime avec dollars (comme un peu partout, vous direz…), trop de doute quant à la sincérité de plusieurs relations, ce parce que dans nos yeux brillent le signe de piasse, ce parce que le pouvoir fait perde la boule. Constat difficile mais bien réel. La triste réalité s’exprime quand l’enfant est plus habile négociateur que l’homme d’affaire, quand le père tire violemment l’oreille d’une jeune fille pour attirer la pitié du riche touriste coréen, quand les femmes emprunte des bambins (tellement drogués au tranquillisant qu’on les croirait à l’agonie) pour faire la quête sur la plage ; il y a quelque chose qui cloche, et c’est malheureusement en partie la faute de l’homme occidental qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez, qui donne à tort et à travers, pour son plaisir, pour son indulgence. Heureusement qu’il y a moyen de refuser de donner parce que la marge entre notre réalité et la leur est trop immense, et plutôt d’échanger dans une relation de partage. Heureusement que dans l’honnêteté et la véracité des sentiments, chaque parti trouve son comble, s’en vont oubliant pour un instant qu’il faut mendier ou bien payer.
Je suis maintenant à Bangkok, Thaïlande. Alex est retourné en Australie ce matin, la deuxième maison, comme on l’appelle. C’est avec émotion que je l’ai serré dans mes bras ce matin. C’était peut-être la dernière fois qu’on se voyait face à face, tous les deux le savions très bien. Or, pas question de s’écrouler, il faut avancer, plus que jamais. Tête haute, j’ai pris pied dans la jungle métropolitaine. Alex a pris il a pris son bus, il allait s’envoler, ailleurs. J’ai enfilé mes babouches, et quitté le terminus d’un pas quasi confiant. Une dernière fois, nous nous sommes retournés. « Same same but different » que nous pensions à cet instant précis, ça a encore passé dans le regard, à quelque cent mètres d’éloignement. J’ai vu mon reflet dans la vitrine d’une boutique, un peu triste certes, mais l’instinct a vite rappliqué, d’une certaine manière.
Aujourd’hui, j’ai tout de même la tête ailleurs même si je me voudrais inébranlable. Je marche mais voit pas plus loin que mes pensées qui défilent. J’ai failli oublier mon portefeuille au café. Je me suis perdu quelques heures dans le centre-ville, c’est l’esprit qui vrille avant de plonger.
J’ai encore besoin de la mer. Je prends le bus demain pour la plage. Un petit peu plus de recul ne peut pas faire de tort. J’ai enfin mes deux pieds, j’ai encore toute ma tête, les moyens qui donnent la capacité de rêver.
Bon Dieu que je suis riche !
jeudi 28 janvier 2010
Pour me répéter
Ça m’a pris deux semaines m’adapté à l’Australie. Ça fait seize jours que je suis en Asie, je crois n’avoir pas fini de rêver des trucs qui ne tiennent pas debout, la nuit. C’est rassurant, ça indique que le travail se fait, et c’est presque littéralement que ca bosse : les images et les pensées sont à la recherchent de la bonne formule. Elle approche, je le sens. Je me plais à cet état d’ivresse. Au voyage.
Je persiste à croire que c’est l’expression d’un nouveau départ, que le petit peu de voyage intense forme un petit peu plus ma verte jeunesse ; c’est comme la digestion d’un gros souper à s’en effrayer la panse, je sens effectivement que ça travaille en-dedans. Oh, dégoûtante comparaison, mais assez efficace dans le genre... je le reconnais.
Il ne me reste vraiment plus grand-chose à quoi m’accrocher dans le décor, sinon l’océan qui fait un peu dans le même style qu’ailleurs –et ça réconforte – et parce qu’il le dit Saez, que c’est le même Océan « dans laquelle on voit Dieu », devant moi, et qu’il est heureusement partout, ici, comme Il l’est chez nous. « Above us only sky », parce que c’est aussi partout le même truc qu’il chantait Lenon. « Same same but different » comme ils le disent, Cambodgiens, ce même si les sous le voudraient d’une autre manière, tout le Monde finira par raconter la même chose à la fin.
Ouf, horribles phrases!
Sinon, peu de références certaines…
Un peu perdu, oui. Agréablement perdu, dans un rêve sur demande.
Je n’ai jamais fonctionné de cette manière auparavant. Le pouvoir qu’ont mes quelques dollars est peut-être ce qu’il y a ici de plus choquant. Un jour on m’a catapulté en Asie après m’avoir dit qu’à partir de maintenant je ne connaîtrais plus rien sinon moi-même, de me servir de mon terrain de jeu, de ma cours d’école… ou quelque chose comme ça.
Quand ça sourit comme ça c’est certain que ça ne ment pas. La petite fille qui tient la boutique au coin est époustouflante. Elle sourit tellement grand, sincère, ses mains se rejoignent sous son menton, et elle nous remercie du fond du cœur, honnêtement, et pour rien.
La même femme d’âge mûre, avec les yeux d’une mère, n’a pas cessé de revenir nous voir sur la plage, toute la journée durant, pour dire bonjour, donner le compte-rendu de ses affaires… Elle ne nous demande rien.
Nous avons passé la journée au restaurant de So-Han, lui avons remis un bracelet, lui promettant de revenir demain dans la journée. Nous sommes finalement revenus en soirée, il attendait patiemment devant, avec le bracelet dans les mains, prêt à nous le rendre. « Hey ho, So-Han, c’est le tient, lui ai-je rappelé… Pas le mien… » Il a remercié du fond du cœur. De ces yeux !
Un jeune homme regarde présentement par-dessus mon épaule, illusionné par la petite machine qu’est mon ordinateur portable. J’ai des vagues qui frisent à mes pieds, les enfants vendent toute la journée des bracelets qu’ils tressent habilement, ou encore un plateau de fruits qui tient sur leurs petites têtes, les chiots cherchent des miettes, les touristes se font couper les ongles et cirer les orteils. C’est beau, c’est différent, c’est absurde.
Les deux Mondes se rencontrent. L’un ne sait pas trop pourquoi il possède l’argent, mais il la possède, et s’en sert. L’autre court pour son dollars, pour son bol de rit cuit à la vapeur. Et moi je me demande qu’est-ce que je fais ici sur la plage à sourire pour rien. D’où est-ce qu’il vient le bonheur ? Il est légal ou bien pervers ?
Pourquoi le dollar américain m’a-t-il rendu roi ?
C’est à s’y confondre. Paraît qu’il faut laisser aller et y penser plus tard. C’est pour faire rêver...
Leitmotiv.
Je promet de revenir plus concis ; prochain billet. Ahah!
samedi 23 janvier 2010
Jusqu'au prochain jour
Avec le lever du soleil, nous nous dirigeons vers le temple. Il fallait bien le visiter ; bien que Siem Reap m’apparaît comme une petite ville complaisante, y venir sans voir l’une des merveilles du Monde est un pêché touristique. Je roule dans un Tuk Tuk, conduit par Kim que nous avons engagé pour la journée. J’ai difficilement réussi à convaincre Alex, hier soir, qu’une journée entière, du lever ou coucher du soleil, ajouterait à la mysticité des temples. Il est presque six heures du matin, nous serons bientôt à bord d’Angkor Wat. Je veux un café.
Bientôt, café à la main, à l’envers du temps, nous ramons hors du Monde, à contre-courant d’une dizaine de siècles. Nous approchons à pied l’époustouflant temple. Dans la noirceur, il jette un regard impérieux sur son village rural, Angkor. Nous sommes relativement peu de visiteurs. Le soleil ne va pas tarder.
La gigantesque masse du premier temple pointe dans le ciel comme une ombre plus noir que la nuit, comme un Dieu de roc, de dévotion, encore indéfini. Le ciel est celui nuageux d’un matin gris. C’est le début de la saison des pluies. Pas de soleil. Plutôt, la présence intimidante d’un géant Wat qui passe graduellement de la nuit noire angkorienne, jusqu’au gris du nouveau jour, ce juste avant le chant du coq. Et Il se réveil peu à peu, se révèle dans les premiers instants de clarté. Les yeux à peine ouverts, un peu courbaturé, Il salue de son roc qui inspire respect et humilité. Le jour est gris, suspect, intriguant. Un premier enfant court sur le chemin pavé de pierres, jusqu’au temple, descend un escalier et va retrouver sa mère au village, qui frotte le parquet de bois, juste au pied du grand Angkor Wat. Bientôt, l’enfant tentera de vendre ce qui pourrait rapporter quelques dollars à sa famille. Comme plusieurs autres, il est tout petit, il va nu pieds… et est un autre gracieux détail dans l’archi-grandeur d’Angkor. Ils viennent, enfants de l’Univers, avec le lever du soleil, alors que les premiers visiteurs ne voient que lever de l’astre- eux se conditionnent à la vente. Objectivement, ils ont du business à faire. Il faut manger.
Plus tard, déjeunant dans une binnerie à la mode cambodgienne, un de ces enfants, d'environs huit ans, s’avance : « Vous voulez acheter, monsieur ? » Il me parle de « discount » à l’achat de deux, de prix spéciaux… juste pour moi. « De quel pays venez-vous ? » me demande-t-il dans un Anglais impressionnant qu’il dit avoir appris essentiellement des touristes.
«Canada. »
« Capitale… Ottawa. Premier ministre… Stephen Harper. Et t’as une copine ?»
“ Eh… Non, je n’en ai pas.”
“Tu sais pourquoi?... c’est parce que tu n’achètes pas de moi, répond-t-il indigné.”
Je finirai, après m’avoir amusé à négocier avec le petit businessman par acheter un truc banal pour un dollar. Le petit s’en va fier de son coup après une photo, incluse dans la transaction sur laquelle nous nous sommes entendus. Un peu plus tard dans la journée, après cette première et mignonne attaque, je resterai bouche-bée ; il y a tellement de petits vendeurs, partout. Ils vendent tous les mêmes trucs, connaissent la farce de la copine - et la plupart d’entres-eux révèlent la capitale de plusieurs pays pour quelques sous. Ils s’ameutent, ils sourissent, ils marchandent. Ils ont la réponse aiguisée, entraînés par des parents miséreux à vendre des cartes postales, du Coca-Cola, des flutes de bambous ou des livres mal reliés. Ils ont de quatre à douze ans, connaissent la comptine : « Vous pouvez offrir ce foulard à votre mère, ou à moi, me suggère une toute jolie jeune fille. » Ce même foulard que deux cent autres d’entres-eux tenteront de vendre dispersés parmi les temples. Ils vous attendent à la sortie, pour un dernier au revoir, pour un drastique retour au XXIe siècle. Ils sont souvent dix contre deux, s’attroupant autour du touriste, attaquant en meute, suppliant en chœur, comme un refrain mélancolique. Malheureusement, ils pêchent le dollar, vingt sur le même coude de rivière... ça fait de la compétition au kilomètre carré… Bienvenue chez vous qu’ils semblent dire ; Angkor Wat, le majestueux, ce n’était que de la frime. Parlons plutôt d’aujourd’hui.
Visiblement, il y a le Cambodge d’hier, qui négociait avec l’Univers par des temples ou Dieu s’exprime dans chaque minime gravure, un Cambodge Khmer et royale, riche et brillant : Il y a le Cambodge d’aujourd’hui, qui tort le cœur pour vingt sous.
Dans le sourire d’un enfant, celui à qui je pourrais donner assez d’argent pour six mois, je me suis perdu. Dans les plaintes pour un maigre dollar, j’ai entendu plein de courage. Et que je ne pouvais rien y faire dans le contexte, que ce n’était pas la solution de distribuer des billets à chaque requête, je me suis convenu, pas trop certain. Deux cent fois dans la journée, je me suis vu supplié, j’ai dû refuser, à revers de cœur. Il ne reste qu’une main posé sur la petite épaule de l’enfant, une pitié non-verbale qui veut dire «lâche-pas.. ». Il y a aussi le simple sourire qui presque inévitablement en rapporte un en retour. Magique que de transformer la demande de charité en un sourire, un sourire qui efface l’hardiesse du Monde, un sourire durant lequel ils oublient toute peine toute fatigueun instant. Ils sont de grands détails dans la petite légende des temples d’Angkor. L’histoire s’écrit encore. Angkor contraste, avec ses touts jeunes mille ans, un Monde qui perdure depuis toujours. L’humanité qui espère.
Je vous écris de l’autobus qui m’emmène à Battambang. Un enfant est debout sur le siège devant moi, et se retourne souvent pour me scruter du regard. Elle a de ses grands yeux bruns et profonds. De ceux qui font rêver...
mercredi 20 janvier 2010
Leur prochain Cambodge
Dans les rues désordonnées de la capitale du Cambodge ; à contre-sens sur la voie inverse, Rambo braque à droite son engin mécanique, enchaîne trois bons coups de klaxons, puis doucement, mais sans grande précaution, fraye son chemin de l’autre côté de la rue bondée. Moi et Alex, passagers, assistons au carnaval. Rambo est Cambodgien de source, a trente-trois ans exactement, et traîne une grosse voiturette rouge sur sa toute p’tite moto. Assis derrière, dans la circulation la plus chaotique imaginable, on roule pour rouler.
De notre pape-mobile version tiers-monde, 360 degrés de nuit Khmer, c’est fenêtre ouverte sur la population qui s’anime. La misère du jour se confond dans la robe de la nuit, camouflant magiquement la pauvreté jusqu’à demain matin. Ça sent bon, ça pu, ça abonde ; les têtes de canards sont à frire ; l’éventail suspecte des odeurs nouvelle est assez dur à suivre. Nous sommes blancs... donc riches ; partout nous est demandé la charité, parfois un enfant qui quête avec son jeune frère, ou encore un homme amputé de deux bras par une autre mine anti-personnelle. D’une manière ou d’une autre, le tout s’anime dans le vrombissement du moteur des motocyclettes, de partout partout. Ouf… !
Au milieu de tout cela, qui roule sa bosse, Rambo, notre conducteur est fièrement Cambodgien. Sa motocyclette s’infiltre, s’immisce dans la ville et son désordre organisé, celui qu’il connaît mieux que tout le monde. Sur le toit de certaines voitures, une dizaine de personnes voyagent assoupis au soleil, ou le vent dans les cheveux ; quatre personnes sont assises sur la même motocyclette, ou deux magnifiques moines bouddhistes sur mobylette sont conduits par un Khmer maigre et sans casque. Au beau milieu de nulle part une gigantesque demeure sied, grande et de choquant contraste. Architecturée à l’Américaine, au centre de la ville, on croirait le tout nouveau manoir de Britney, mais plutôt c’est la maison de celui qui porte la couronne, monsieur le Président. Le dernier château du Kingdom of Cambodia est assis juste derrière les majestueux et abondants temples bouddhistes.
Sinon quelques édifices, dont plusieurs gouvernementaux, et les nombreux temples, Phnom Penh n’est plus. Le dictateur Pol Pot et son mouvement barbare, le Khmer Rouge, après avoir transformé le pays en un énorme camp de concentration, tactique inspiré par un Marxisme radical, a tout simplement rasé la ville, bombardant les majeurs établissements et décimant la population contre-révolutionnaire. 1 500 000 personnes soit près de vingt pourcent de la population y ont perdu la vie. Trop récent génocide, les traces encore toute fraîches en témoignent. Les mines anti-personnelles ont criblées le sol et dorment tranquillement toujours prêtent à massacrer, rendant l’agriculture difficile : La pauvreté est plus que flagrante, le spectre du Khmer Rouge toujours errant.
Le futur ? Rambo ne sait pas. Seule valeur sur laquelle il gage : l’éducation de ses enfants. Sa fille de neuf ans et son fils de cinq ans fréquentent l’école Khmer, et Anglaise… tous les jours. Quarante-cinq dollars par enfant, par an, c’est pour l’éducation, cinq dollars c’est pour les deux repas familial, il ne reste que peu par mois pour l’appartement et encore…
Le beau temps reste à venir pour sa prospérité. Pour ces enfants qui un jour auront un bon salaire, verront le Monde. Rambo rêve de l’Europe pour le bien-être de sa famille. Il y ira un jour, et fera beaucoup d’argent, reviendra au Cambodge et dégotera un bel et grand appartement pour sa petite famille. Nous discutons devant une bière. J’écoute son grand rêve, le carburant de sa petite personne sur la longue route de la vie.
Nous reprenons le Tuk-Tuk, avançons doucement mais surement dans la capitale nationale, ce après un souper Khmer si varié, qu’il m’en laisse encore aujourd’hui l’estomac en grande détresse… Au milieu de la nuit hallucinante, je prononce à cet éternel instant : « C’est peut-être le moment le plus merveilleux de ma vie… »
Et la nuit m’emmène et m’emporte, charmante Phnom Penh dans toute ta crasse tu m’aspires. Dans l’essence de ses sourires qui tiennent, de l’étincelle qui anime la grandeur d’un enfant sur l’énorme fierté d’un père. Les phares, la Mekong, jeune et belle enfant de sa naïve quinzaine tient la main d’un vieux et sale pervers. Il connaît le dollar Américain... Les lumières s’invitent, nos yeux se concentrent, faisceaux. Chariot de notre princesse, Rambo pénètre la nuit. Un briquet? Le briquet négocie de fierté avec son réservoir. Excès, pour vous amis. La nuit est et se glisse sous la porte, jusqu’au portique, celui ou mes souliers ne restent car mes pieds sont occidentaux, au-dessus et en-dessous. Je m’immisce, je m’allume.
…
Au moment où j’écris ces lignes, cherchant le pourquoi et le comment, assis dans la magnifique rue devant ma guesthouse, je suis gentiment interrompu par un Khmer, illusionné par mon petit ordinateur. Après lui avoir présenté le truc, certes un peu embarrassé par ce luxe très occidental, il s’assoit à côté de moi, la tête en l’air, et se met à rêvasser, tout à fait comme Rambo. Il prononce Pol Pot, dans un anglais précaire, et ça démarre. Ça ne peut qu’être ma réponse, toute cuite. Il s’assoit sur le trottoir, et commence : « Dans cette rue, celle que tu vois, je me suis battu pour l’armée Vietnamienne. Les soldats du Khmer Rouges étaient partout, envahissants les rues pour détruire tout ce qui avait rapport à la culture Khmer. Point zéro. Il fallait frayer notre chemin, tirer partout pour la survie de notre peuple, jusqu’au Temple, trente-sept kilomètres plus loin, à pied. Un de mes amis a perdu ses deux jambes, devant moi… les mines…Regarde, la rue, celle-là, chaque année, après la saison des pluies, elle est détruite, et ce, depuis la guerre civile. Plus de pavement, que de la poussière rouge… le Khmer…» …Rouge. Il reste discret soudainement, pensif ; il doit revoir sa boucle d’images. La guerre, le génocide. Je reste muet. Le massacre, l’horreur, la poussière rouge qui lève de terre. Et ses yeux brillent, il s’accroupi, excité comme un enfant, tenant sur le bout des orteils, et il reprend : « En 1993, je me suis marié… Oh, à une très bonne épouse. » Il est brillant de fierté, radieux. « En 1995, nous avons eu un fils qui va à l’école tous les jours ; école Khmer le matin, Anglaise l’après-midi.» Un rictus fixe son sourire … « Un jour, il sera professeur. Professeur. Un homme bon pour demain, pour le Cambodge. »
...
Le rêve est tenace. Demain verra un nouveau Cambodge, tous l’espèrent. En attendant, maintenant que le régime de terreur est tombé, les Cambodgiens au jour le jour sourissent franchement, les enfants nous scandent des « Hello ! » dans les rues, le pays nous pète les barèmes du dit Premier Monde. Que les derniers soient les premiers, ou les premiers les derniers, ici, je suis au plancher des vaches, à pieds comme eux, mitraillé par les contagieux sourires, respirant de la poussière entre deux bouchées de riz, jouissant de toute cette simplicité.
** Photos ce soir, okay? Je veux pas etre obliger de briser l'ordi...
vendredi 15 janvier 2010
Je n'aime plus les titres
Je bouette encore mais j’ai laissé mes béquilles sur William Street, plein boulevard, accotées sur un panneau de circulation. C’est parce que j’ai décidé de partir… Faut être con ou faut avoir une espèce de rage d’errant en dedans. Je marche comme Lucien Bouchard, puis j’ai encore la patte grosse comme Yogi. Ça se passe il y a quatre jours, à Sydney, sur William Street, exactement. Il y a quelque chose de luisant sur l’Harbour Bridge qu’il me dit qu’après six mois il est temps que je quitte l’Australie, peu importe le prix que ça me coûtera, même s’ils m’ont coupés du cash les sacripants… Ah, argent, quand tu me fous la paix ! Le taudis dans lequel je vis pour pas cher avec quarante junkies puis des « bed bugs » me lève toujours le cœur puis me froisse le karma. Je sais que je laisse des potes derrière, mais j’ai appris qu’on voyage toujours seul en premier lieu, à plusieurs, seulement si Il le veut bien, le vieux Gypsy en haut, si instinctivement Il nous agglutine.
Je salue six mois riches en apprentissage. Ciao ! Je déguerpi, je lève le camp. Je dé-Christ mes amis ! Salut Paco, salut Sancho, passez le mot : Monsieur Lavoie avait le goût de voir le Monde, là, maintenant. Comme il voulait tête de cochon, quand il était ti-gars, chez Toys’R’Us, le premier gogosse tout de suite sur le champ. Maman se souvient, comme la plaque.
Je ne serais pas supposé, raisonnablement, partir si rapidement. Premièrement, il y a que le gouvernement OZ continue de me payer pour ma maudite fracture, et qu’il continuera de me payer là-bas. Vont-ils finir par savoir que je me suis envolé ? Après quelques vérifications : Je ne croirais pas. Bien que si le grand maître en-haut le veut, dirait Jacques, bah oui, certainement… De toute façon, je m’en vais, comme une feuille au vent. Je n’ai pas décidé...
Après tout, c’est quand même bien mérité, hein ? Six semaines dans le plâtre ont passés quand on m’en prévoyait trois. Spécialement quand deux semaines plus tard on m’a garantie que c’était fini. Miracle. Lève-toi et marche ! Grossière ERREURE. Cela, ce beau plâtre, fibre synthétique non-résistant à l’eau s’il-vous-plaît, tout spécialement saucé trois fois au cours de la première journée (Fallait pas se baigner, même dans du Saran Wrap!), Cela à cause de trois horribles jours à cueillir des mangues ; douze heures, soixante pourcent d’humidité, quatre mille verges de sprint, cent pourcent d’écœurement. On ajoute à Cela deux semaines en grande ville à parcourir des kilomètres en béquilles. Si je ne m’en vais pas là, maintenant que je sens la flamme maximum butane qui crépite dans l’antre, je me désapprouve personnellement, je me meurs, je me maltraite, je m’abrutie, je me désaccompli, je m’échec ; ce que personne récemment constitué, genre vint-quelq’ ans ne désire. Le vent m’emportera, qu’ils chantent les maudits Français.
Depuis le début je me vante d’avoir pris des décisions émotives mais raisonnables, peut-être balancées par un petit peu de cervelle. Cette fois-ci, je pars comme un tourne-pas-rond, parce que ça fait six mois que je suis ici, et parce que six mois au même endroit ça sonne bien. Voilà !
Hey ! J’ai pensé recommencer mon blogue, ou plutôt commencer… J’ai bien dit je pense. Youhou ! Je veux écrire plus vite et plus trash parce que sinon je virerai fou. Je veux pas relire quand je voyage parce que j’haï ça. Mais encore là, ne me faite surtout pas confiance, ni niveau contenu ni niveau qualité ni niveau fréquence ni niveau prochain billet. Peut-être que ceci est mon dernier billet. Ou peut-être le premier d’une série de recueils vendus dans tous les grandes surfaces du Québec et un best-seller Cambodgien.
COMMENTER SUR LE BLOGUE PEUT-ÊTRE QUE ÇA ME DONNERAIT LE GOÛT D’EN DONNER PLUS HEIN ?
Vous aviez devinez ? Oui, je m’en vais au Cambodge… Qu’est-ce que je vais faire là-bas. Oh… Ça, je ne peux pas répondre, mais comme dirait Jacques : C’est écrit là-haut.
Aujourd’hui je vous écris de Singapore et ça me frustre. Pourquoi ? C’est que, premièrement je dois l’avouer, je pense être amoureux de l’Asie. Je suis allé hier dans le quartier Chinois : Faillit m’évanouir… Les temples Bouddhistes m’ont coupés le souffle, littéralement. Je prends des photos partout de n’importe quoi, comme un Nippon, et c’est toujours extraordinaire. Parlons pas de la bouffe, j’ai présentement des courts-circuits sur mon clavier. « Little India » c’est magique. L’Inde c’est mon rêve, et visiter le quartier c’était comme un autre rêve plus réel dans le grand rêve de la vie qui contient le rêve d’aller là-bas qui sera probablement un rêve en tant que tel, je parle du voyage, bien entendu… En tout cas… Oui, ce qui me frustre maintenant, mais c’est quand même correct tsé… je comprends, 2010, puis toute ; ce qui me frustre c’est les centres d’achats puis les gratte-ciels. Je veux respirer ! J’en ai assez de l’Ouest. Okay ? Singapore est une transsexuel, un petit peu des deux, satisfaisante mais vicieuse.
Le Cambodge maintenant, dans quelques heures...
« Pauvre petit, disent-ils, il ne se doute même pas ce qu’il l’attend… »
-Merde, qu’il répond
-Re-merde, s’exclament-ils… pour d’autres raison.
vendredi 28 août 2009
Ahah!
Des gros sacs de chaque bord.
Un mois d errance libre.
Ca debute la semaine prochaine.
YEAH!
vendredi 14 août 2009
Ah!
Je chante je danse
Or Le temps est rare
Sur le clavier
Chaque soir
Mes yeux tombent
Attendons l Asie
Le soleil
L Orient
Deux mois
Avant que mes mots
Usent de la place que
Je leur dois vraiment